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Le tourisme post-Covid sera-t-il virtuel ?

La pandémie a profondément bousculé le tourisme, et avec lui la manière de découvrir les musées, les monuments et les sites culturels. Quand les déplacements ont été limités, les visites virtuelles, la réalité virtuelle (VR) et les films à 360° sont devenus bien plus que des gadgets : ils ont offert une vraie continuité d’accès à la culture, tout en ouvrant de nouvelles pistes économiques pour les sites concernés.

Si tu te demandes si la visite virtuelle peut vraiment durer au-delà de la crise, la réponse est nuancée mais très intéressante : non, elle ne remplacera pas la visite physique, mais oui, elle peut devenir un complément durable, utile et rentable dans certains cas. Concrètement, tout dépend du type de site, du public visé et du modèle économique choisi.

L’essentiel a retenir : la visite virtuelle n’a pas vocation à remplacer le tourisme réel, mais à l’enrichir, le prolonger ou le rendre possible quand la visite physique est difficile.

  • La VR et les visites 360° ont explosé avec le confinement.
  • Elles répondent à un besoin réel d’accès à la culture à distance.
  • Elles peuvent protéger les sites fragiles tout en les valorisant.
  • Elles aident à limiter certains effets du surtourisme.
  • Le vrai enjeu reste le modèle économique.
  • La visite virtuelle fonctionne surtout comme complément à la visite réelle.

Une nouvelle forme de tourisme ?

Avant la pandémie, la visite virtuelle était encore souvent perçue comme un outil de communication, presque expérimental, plutôt qu’un vrai levier touristique. Dans la pratique, elle servait surtout à donner un avant-goût d’un lieu physique, à rassurer un futur visiteur ou à enrichir une expérience sur place. Le Club Med, par exemple, a été parmi les premiers à utiliser la vidéo 360° pour présenter certains de ses sites.

Une visite virtuelle du Club Med Kani aux Maldives (Club Med, 2016).

Avec le confinement, les usages ont changé d’échelle. Le Louvre, par exemple, a attiré 10 millions de visiteurs en ligne gratuits en deux mois au printemps 2020, alors qu’il avait comptabilisé 14 millions de visites physiques sur l’ensemble de l’année 2019. Ce chiffre montre quelque chose d’essentiel : il existe une demande massive pour les contenus culturels accessibles à distance, dès lors que l’offre est simple, attractive et bien conçue.

Mais attention : une audience en ligne ne veut pas automatiquement dire rentabilité. C’est là que se joue la vraie question. Si tu es un musée, un site patrimonial ou un acteur du voyage, tu dois te demander non seulement “est-ce que les gens vont regarder ?”, mais aussi “comment cela s’intègre dans mon modèle économique ?”. Dans les faits, c’est souvent la partie la plus difficile.

Plusieurs grands musées ont déjà testé la visite en ligne, avec des approches très différentes : certains misent sur l’immersion totale, d’autres sur des parcours plus simples, accessibles depuis un navigateur. Cette diversité est intéressante, car elle montre qu’il n’existe pas une seule bonne solution. Le bon format dépend du public, des objectifs et des moyens techniques disponibles.

Ce que la visite virtuelle change concrètement

La visite virtuelle ne se limite pas à “montrer un lieu autrement”. Elle change la façon d’entrer en contact avec lui. Dans la pratique, elle peut :

  • donner envie de visiter physiquement un site plus tard ;
  • permettre aux personnes éloignées, handicapées ou limitées par le budget d’accéder à des lieux prestigieux ;
  • préparer une visite réelle en aidant à mieux comprendre les espaces ;
  • protéger les sites fragiles en réduisant la pression sur certaines zones sensibles.

Ce que cela implique pour toi, si tu travailles dans le tourisme ou la culture, c’est qu’une visite virtuelle bien pensée peut devenir un outil de médiation, de notoriété et parfois de conversion. Mais elle doit être conçue comme un parcours utile, pas comme une simple vitrine technique.

Démocratisation du savoir

La visite virtuelle ne remplacera pas la visite réelle. Comme la télévision n’a pas fait disparaître le cinéma, elle s’ajoute à l’existant au lieu de l’effacer. En revanche, elle élargit fortement l’accès à des lieux que tout le monde ne peut pas voir en vrai : par manque de temps, de budget, de mobilité ou tout simplement parce que le site est fragile ou très fréquenté.

Dans les faits, c’est là que sa valeur devient très forte. Le fac-similé de Lascaux avait déjà montré qu’il était possible de faire découvrir un patrimoine exceptionnel tout en protégeant l’original. Aujourd’hui, la visite virtuelle de la grotte Chauvet pousse encore plus loin cette logique : on peut explorer, comprendre et ressentir un lieu sans l’abîmer.

On constate souvent que les sites confrontés au surtourisme cherchent des solutions pour mieux répartir les flux. Venise, Barcelone ou encore certains espaces naturels du Colorado ont dû mettre en place des quotas, des limitations d’accès ou des systèmes de réservation. Dans ce contexte, la visite virtuelle apporte une alternative crédible pour une partie du public, sans supprimer la valeur du lieu réel.

Pourquoi cette solution séduit autant de sites culturels

Il y a plusieurs raisons très concrètes :

  • Elle réduit la pression sur les lieux sensibles. Quand un site est fragile, chaque visite compte. Une partie du public peut être orientée vers un usage virtuel sans perdre l’expérience culturelle.
  • Elle élargit l’audience. Un internaute à l’autre bout du monde peut découvrir un musée français, un château ou un site archéologique sans se déplacer.
  • Elle améliore l’accessibilité. Pour certaines personnes, la visite virtuelle est la seule façon réaliste d’accéder à un lieu.
  • Elle crée une expérience complémentaire. En pratique, beaucoup de visiteurs utilisent le virtuel pour préparer, prolonger ou revivre une visite.

Si tu hésites encore sur la pertinence de ce format, retiens ceci : la visite virtuelle est surtout puissante quand elle répond à une contrainte réelle. Plus le lieu est éloigné, rare, fragile, coûteux ou saturé, plus elle a de chances d’être utile.

Les limites à ne pas sous-estimer

Il faut aussi être lucide. Une visite virtuelle ne recrée pas tout. Elle ne remplace ni l’odeur d’un lieu, ni l’échelle réelle d’un monument, ni l’émotion d’une présence physique. L’échange humain, la spontanéité, l’ambiance sonore et le plaisir de la découverte sur place restent irremplaçables pour beaucoup de visiteurs.

Mais ce serait une erreur de s’arrêter là. Les usages numériques ont déjà prouvé qu’ils pouvaient créer de vraies formes d’engagement. Dans le jeu vidéo, les expériences en ligne ont depuis longtemps montré qu’on pouvait partager une immersion à distance. Le même principe fonctionne pour un musée ou un site patrimonial : on peut visiter ensemble, commenter en direct, comparer ses impressions et apprendre à plusieurs.

Dans la pratique, la qualité de l’expérience dépend énormément de l’outil utilisé. Une simple vidéo 360° peut suffire pour donner envie. Une expérience VR plus poussée sera plus immersive, mais demandera davantage d’équipement et de budget. Le bon choix n’est donc pas forcément le plus spectaculaire, mais celui qui sert le mieux l’objectif.

Les erreurs fréquentes à éviter

Si tu veux qu’une visite virtuelle fonctionne vraiment, évite ces pièges classiques :

  • penser qu’un contenu “technologique” suffit à lui seul à créer de la valeur ;
  • négliger l’ergonomie et la simplicité d’accès ;
  • produire une expérience trop lourde, lente ou difficile à lancer ;
  • oublier l’objectif de médiation ou de conversion derrière l’effet “waouh” ;
  • ne pas réfléchir au modèle économique dès le départ.

En clair, une visite virtuelle réussie n’est pas seulement belle. Elle doit être utile, fluide et cohérente avec le parcours du visiteur.

Quel avenir pour la visite virtuelle ?

À court terme, la visite virtuelle a surtout démontré sa capacité à absorber un choc : fermeture des lieux, restrictions de déplacement, méfiance vis-à-vis des espaces publics. À moyen terme, son avenir dépendra de sa capacité à devenir un service à part entière, et non une simple réponse d’urgence.

Dans la majorité des cas, les acteurs les plus pertinents seront ceux qui l’utiliseront comme une porte d’entrée. Par exemple : découvrir un site en ligne, réserver ensuite une visite physique, ou prolonger l’expérience après la venue sur place. Ce modèle hybride est souvent le plus solide, parce qu’il relie le numérique et le réel au lieu de les opposer.

Ce que cela change pour toi, si tu es responsable d’un site culturel ou touristique, c’est qu’il faut penser la visite virtuelle comme un levier stratégique. Elle peut soutenir la notoriété, améliorer l’accessibilité, préserver le patrimoine et créer de nouveaux usages. Mais elle doit être intégrée à une vision globale : communication, monétisation, médiation, protection des lieux et satisfaction du public.

En pratique, les sites qui réussissent le mieux sont souvent ceux qui posent les bonnes questions dès le départ :

  • Qui veut-on toucher ?
  • Quel problème la visite virtuelle résout-elle ?
  • Faut-il viser une audience large ou une expérience premium ?
  • Le contenu doit-il être gratuit, payant ou hybride ?
  • Comment relier le virtuel à une visite réelle ?

Si tu construis ta réflexion à partir de ces questions, tu évites l’écueil le plus fréquent : investir dans une technologie impressionnante mais déconnectée des besoins réels du public.

Au fond, la visite virtuelle ne signe pas la fin du tourisme. Elle annonce plutôt une évolution : un tourisme plus modulable, plus accessible et parfois plus responsable. Et dans certains cas, c’est justement cette souplesse qui lui permettra de durer.

FAQ

Une visite virtuelle peut-elle remplacer une vraie visite ?

Non, une visite virtuelle ne remplace pas complètement une visite réelle. Elle complète l’expérience en offrant un accès à distance, une préparation de la visite ou une alternative quand le déplacement est impossible. Dans la pratique, les deux formats répondent à des attentes différentes.

La visite virtuelle est-elle vraiment utile pour un musée ou un site touristique ?

Oui, elle peut être très utile si elle répond à un objectif clair. Elle sert à attirer un public plus large, à valoriser un lieu, à protéger un site fragile ou à proposer une expérience accessible à distance. Le plus important est de l’intégrer à une stratégie globale.

Peut-on faire payer une visite virtuelle ?

Oui, c’est possible, mais le modèle économique doit être pensé avec soin. Certaines visites peuvent être gratuites pour la visibilité, d’autres payantes pour financer la production et la médiation. Le bon choix dépend du public, du positionnement et du type de contenu proposé.

La réalité virtuelle est-elle indispensable pour une visite virtuelle ?

Non, la réalité virtuelle n’est pas indispensable. Une vidéo 360° ou une visite interactive sur navigateur peut déjà être très efficace. En pratique, le bon format est celui qui sert le mieux l’usage recherché et qui reste simple d’accès.

La visite virtuelle peut-elle aider à lutter contre le surtourisme ?

Oui, elle peut aider à réduire la pression sur certains sites très fréquentés. Elle ne supprime pas le tourisme, mais elle offre une alternative à une partie des visiteurs. Cela permet parfois de mieux répartir les flux et de protéger les lieux les plus fragiles.

Quels sont les principaux freins à la visite virtuelle ?

Les principaux freins sont le coût de production, la complexité technique, l’accès au matériel et l’absence de modèle économique clair. Il faut aussi accepter que l’expérience virtuelle ne reproduit pas toutes les émotions d’une visite sur place. C’est pourquoi elle fonctionne mieux comme complément que comme substitut total.

Pourquoi le Louvre a-t-il autant attiré en ligne pendant le confinement ?

Parce qu’il répondait à un besoin fort d’accès à la culture pendant une période de restriction. Le Louvre offrait aussi un contenu mondialement connu, facile à valoriser en ligne. Cet exemple montre qu’un site prestigieux peut toucher un public très large quand l’offre numérique est bien pensée.


Stéphane Bourliataux-Lajoinie, Maitre de conférences (HDR) en Marketing Digital. Directeur du MiM2 E-business and Digital Marketing, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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